L’homophobie est définie comme étant la peur de l’homosexualité
et des contacts, émotionnels ou autres, avec les personnes du même
sexe que soi. Selon un document produit par la Société
canadienne du sida (1991), l’homophobie décrit toute attitude ou
tout comportement négatif face à l’homosexualité.
Certaines et certains auteur-e-s et intervenantes et intervenants préfèrent
toutefois parler l’hétérosexisme : un système d’idées
et de croyances qui suppose que l’hétérosexualité
constitue le fondement de la société.
L’homophobie renvoie au sentiment de peur exprimé envers les
personnes homosexuelles et, plus largement, envers les personnes dont l’apparence
ou le comportement déroge aux canons de la féminité
ou de la virilité. Or le concept d’hétérosexisme
[...] met l’emphase sur les rapports sociaux et les structures qui génèrent
et supportent les croyances et les attitudes méprisantes, sinon
haineuses, à l’endroit des personnes homosexuelles.(1)
L’homophobie - ou l’hétérosexisme - englobe un ensemble
de mythes et de préjugés au sujet des lesbiennes, des gais
et des personnes bisexuelles. À titre d’exemples, pensons
à la croyance selon laquelle les homosexuels détestent les
femmes et que les lesbiennes haïssent les hommes, ou encore, à
l’homosexualité comme synonyme de perversion sexuelle, de pédophilie
ou d’incapacité parentale. Encore : que toutes les lesbiennes
sont malheureuses, seules et déprimées... Ces idées
sont rarement remises en question, bien au contraire - elles se traduisent
par des réactions haineuses et discriminatoires. En effet,
la violence dirigée à l’endroit des lesbiennes et des gais
prend une multitude de formes, qu’elles soient psychologique, verbale,
physique ou sexuelle. Elles se manifestent dans tous les domaines
de la société : la famille, le système d’éducation,
le marché du travail, les services de santé et services sociaux,
les discours religieux, les lois et le système judiciaire, les médias,
etc. Chose d’autant plus troublante : les manifestations de cette
violence sont généralement répétitives et restent
sous silence. Dans la vie de tous les jours, l’homophobie et l’hétérosexisme
peuvent se vivre de différentes façons, comme par exemple
:
- être insultée, raillée (on se moque), ridiculisée,
humiliée ;
- les menaces, le harcèlement, l’agression physique ;
- le rejet total ou partiel (par les ami-e-s, les membres de
la famille, les collègues) ;
- se voir refuser un logement ou un emploi ;
- se voir refuser des services ou avoir de la difficulté
à les obtenir (ex : un prêt dans une
institution financière) ;
- être dissuadée de venir accompagnée de
sa partenaire à des réceptions professionnelles ou
familiales ;
- se voir privée du régime d’avantages sociaux
destiné aux employé-e-s ;
- se voir interdire l’accès à de l’information
sur sa partenaire admise à l’hôpital ;
- la discrimination exercée par les services d’adoption
envers les couples homosexuels ;
- le refus de la garde d’un enfant à sa mère lorsque
celle-ci est lesbienne ;
- etc.
L’homophobie et l’hétérosexisme peuvent menacer l’équilibre
personnel et provoquer de graves traumatismes chez celles qui en font l’objet.
Pour s’adapter à l’oppression, les lesbiennes ont développé
des stratégies de défense, telles l’invisibilité,
l’équivoque (ex : les réponses toutes faites et imprécises)
et la méfiance.
Le secret est une protection contre le rejet ou la stigmatisation sociale.
Mais c’est aussi une protection contre les agressions sexuelles, contre
la violence réelle à laquelle l’ensemble des femmes est en
permanence confronté.(2)
Ainsi, comme l’écrit l’auteure ci-haut citée, les lesbiennes
subissent une double contrainte au silence : comme femmes et comme homosexuelles.
1. Irène Demczuk, «Introduction» dans Des droits
à reconnaître. Les lesbiennes face à la discrimination, Montréal, les éditions du remue-ménage,
1997, p.10.
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2. Françoise Guillemaut, «Images invisibles : les lesbiennes»
dans D. Welzer-Lang, P. Dutey et M. Dorais (dir.), La peur de l’autre en
soi. Du sexisme à l’homophobie, Montréal, vlb éditeur,
1994, p.231.
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