Les organismes membres d’AOcVF, incluant Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, ont jusqu’au 1er janvier 2012 pour se conformer aux exigences de la norme. Puisque ces organismes adhèrent déjà au concept de diversité face à leur clientèle et qu’il y a du travail qui se fait à ce niveau, en particulier depuis 2005, le changement de mentalité ne sera pas radical. Cependant, il sera utile de discuter du travail à faire et des améliorations à apporter pour rendre les services accessibles en se conformant à la norme.
L’application de la LAPHO profitera à toutes puisqu’elle permettra de meilleures possibilités pour rejoindre les femmes d’expression française ayant des limitations fonctionnelles, victimes ou survivantes de violence. Elle permettra sans doute à ces femmes d’obtenir partout dans la collectivité de meilleurs services, en quantité et en qualité, diminuant par le fait même des obstacles à une guérison ou à quitter une relation où il y a de la violence. Si l’ensemble des services de la collectivité deviennent de plus en plus accessibles, moins de temps de l’intervenante qui accompagne les femmes ne sera consacré à revendiquer avec elles l’accès à l’un ou l’autre de ces services et ainsi toutes y gagneront.
Ces changements seront progressifs et étalés sur plusieurs années. De plus, même si le service est accessible en fonction de la limitation fonctionnelle, s’il n’est pas disponible en français, s’il ne tient pas compte par exemple, de la réalité de la victimisation actuelle ou passée que vit la femme, le service ne répondra pas à tous les besoins de ces femmes. Il restera alors de la sensibilisation et de la revendication à faire à ce sujet auprès de ces fournisseurs de services.
Comme nous l’avons déjà mentionné, les cinq normes de la LAPHO entreront en vigueur de façon progressive. Présentement, il s’agit de se pencher sur celle pour les services à la clientèle. Puisque les normes de chacun des secteurs ont un impact sur chaque secteur, il pourrait y avoir certaines inconsistances. Par exemple, on peut mettre un avis de perturbation temporaire sur le site Web pour signifier que l’ascenseur sera hors d’usage pendant quelques jours, mais quelle utilité aura-t-il si le site Web n’est pas accessible? L’avis de perturbation temporaire relève du secteur des services à la clientèle, alors que rendre les sites Web accessibles relève de celui de l’information et des communications qui n’est pas encore en vigueur. En attendant d’avoir fait le tour de tous les secteurs, la créativité sera de mise pour offrir un maximum d’accessibilité aux services.
Une exigence mentionne qu’il faut tenir compte du handicap de la personne lorsqu’on communique avec elle. Mais quelle utilité a un communiqué accessible en anglais pour une femme d’expression française? Les organismes francophones pour femmes auront à continuer à revendiquer des services en français. Et pour les femmes, l’accessibilité ne sera pas une réalité si elle ne se fait pas dans la langue qu’elles comprennent.
Lors de la mise en œuvre des mesures requises pour se conformer aux exigences, les organismes en matière de violence faite aux femmes auront à tenir compte en tout temps de la sécurité tant émotive que physique des femmes utilisatrices de leurs services. Par exemple, dans les documents produits comme guide sur les normes, toujours dans une perspective d’améliorer l’accessibilité, on mentionne les courriels comme étant une option très utile. Cependant, dans les services spécialisés en matière de violence faite aux femmes, qu’ils soient spécifiques au domaine des agressions à caractère sexuel ou à celui de la violence conjugale, l’utilisation du courriel pour communiquer avec les usagères est fréquemment déconseillée par mesure de sécurité. Qui se trouve vraiment à l’autre clavier? Quelle position et disposition l’organisme prendra-t-il si le courriel est le moyen de communication que la femme privilégie? Ceci représente un autre exemple de situations où la créativité sera de mise pour trouver des solutions de rechange sécuritaires et satisfaisantes.
Il faudra aussi tenir compte des réalités précises pour chacun des types de services offerts dans les organismes pour femmes. Par exemple, il y a une exigence stipulant qu’on doit permettre la présence d’une personne de soutien. Alors que la présence des hommes est limitée et parfois interdite dans les organismes spécialisés en violence faite aux femmes, que faire si cette personne de soutien est un homme? Comment accepter la présence d’un chien d’assistance dans une maison d’hébergement alors qu’il peut y avoir une ou d’autres résidentes ou une employée qui sont allergiques aux chiens?
Ces défis sont réels et importants. Le présent document tentera d’apporter des pistes de solutions.